vendredi 16 janvier 2009

Stephane Hessel L’ENGAGEMENT DE TOUTE UNE VIE

Photo Perenom


Stephane Hessel est un résistant dans l’âme : depuis son adolescence, il se bat contre les injustices. Normalien, résistant pendant la guerre, ambassadeur de France et rédacteur de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, médiateur pour les sans papier de Saint- Bernard, cet intellectuel toujours dans l’action a traversé le siècle.Alors que la guerre de Gaza abordait sa troisième semaine, que Hortefeux annonçait fièrement son bilan de 30 000 reconduites à la frontière, nous l’avons suivi pendant une soirée, semblable à d’autres.


Nous publierons la suite de cette entretien la semaine prochaine. Il y parle de l'emploi des sans papiers et de nouveaux chapitres à écrire dans la Déclaration Universelle...


18 h30. Dans le 14 e. Il nous reçoit chez lui. Tout est simple : des livres, des souvenirs discrets. Pendant que nous parlons le téléphone ne cesse de sonner et c’est Christiane sa femme qui répond.
Stephane Hessel sous un aspect fragile cache une énergie de fer, et malgré un langage policé d’ambassadeur, il ne mâche pas ses mots. Il était à Gaza voici deux mois et compte y revenir dès que possible. Sur le conflit palestinien, il est catégorique :

« Je suis un ami du peuple israélien mais il s’agit d’un crime de guerre perpétré sous nos yeux. Tsahal, meilleure armée du monde attaque une région minuscule, une des plus densément peuplée de la planète. Tsahal pilonne des objectifs civils avec des femmes et des enfants déjà victimes d’un blocus inhumain depuis deux ans. Le Hamas est formé de terroristes mais les principales victimes ne le sont pas. On ne peut rester passif il faut tout faire pour obtenir que les adversaires négocient, maintenant. Dans l’histoire de ce siècle, Vietnam, Tchétchénie, tout nous montre que la violence n’a jamais rien résolu, bien au contraire".

L EUROPE PORTEUSE D EQUILIBRE

Mais dans le cas d’un règlement politique, l’Europe a un rôle à jouer. Alors que nous sommes pris dans une crise économique sans précédent où les injustices sociales sont de plus en plus criantes.

« L’Europe a un rôle capital à jouer. L’Europe est porteuse d’un sens, d’un équilibre hérité des Grecs, fruit de siècles de déchirements et de réflexion pour atteindre à la coexistence pacifique que nous vivons aujourd’hui. D’autres défis demeurent, ils sont essentiels pour notre survie : l’environnement, la préservation du climat et la pauvreté car nous assistons à la marginalisation de toute une fraction de la population. Les riches le sont de plus en plus, et les pauvres, de plus en plus pauvres »

Le besoin d’une Europe Sociale est pour Hessel toujours aussi urgent si on ne veut pas voir apparaître les extrémismes. En 2004 avec Pierre Larrouturou et Michel Rocard il proposait déjà un projet de Traité de l’Europe sociale qui avait obtenu le consensus de tous les progressistes, et ce même dans l’absence de soutien de la part de la direction des partis de gouvernement.

DECLARATION DES DROITS DE L’HOMME, PORTEUSE DE L’EUROPE SOCIALE

Mais dans le contexte actuel qui bouscule toutes les règles, l’immigration n’est-elle pas, aussi un problème social aigu ?

« Pendant la présidence française, notre pays a exercé une forte influence, d’où les décisions les plus dures définissant l’attitude de l’Europe vis à vis des immigrés. Ces décisions sont totalement condamnables, elles vont à rebours de l’intérêt de tous, Européens et immigrés. Nous, les Européens, nous devons nous référer à la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme qui, comme vous le savez, fête son cinquantième anniversaire. Ce n’est pas un corpus de lois, mais un programme qui a influencé nos lois. On peut s’appuyer sur ses articles. Je suis un fervent défenseur du droit international, c’est l’Europe latine, inspirée par le droit romain qui a inventé le droit. Il faut absolument préserver et revenir à cet esprit contrairement aux anglo-saxons pour qui prévaut la jurisprudence par rapport au droit.
Nos sociétés laissent à la marge de plus en plus de gens dont les immigrés. C’est un des premiers effets de la crise économique. »


Il est conscient que pour renverser le sens de l’histoire il faut une véritable volonté.

« La Déclaration des Droits de l’Homme est porteuse de valeurs –relayées par la gauche européenne !- qui sont les fondements de l’Europe sociale. Cette Europe là pourrait être bâtie par une gauche européenne, un centre droit mais certainement pas avec le PPE. ».

Biographie :
Stéphane Hessel est né en 1917 à Berlin. Fils de l'écrivain Franz Hessel et d'Helen Gründ, qui formeront avec Henri-Pierre Roché le célèbre trio de Jules et Jim, l'enfant suit ses parents à Paris en 1924 et préfère y rester tandis que son frère et son père rejoigne l'Allemagne. Admis à Normale Sup’, naturalisé français avant la guerre, en juin 40, il essaie de rejoindre Londres sans succès. Il n'y parviendra qu'en 1941 où il rejoint Charles de Gaulle. Il fera partie du BRCA et sera l’organisateur de la mission Greco qui doit organiser la couverture radio sur l'ensemble du territoire français pour le Débarquement.
Il est arrêté en juillet 1944 et est déporté à Buchenwald puis à Dora. Après la Guerre, Hessel, ambassadeur, entre à la toute nouvelle ONU comme Diplomate. Il y trouve les moyens de sa vocation : participer à la construction d'un monde neuf dans le lieu le plus stratégique. Retraçant l'histoire de l'Organisation, il insiste sur l'enthousiasme des rédacteurs du texte de San Francisco qui avaient pris le risque d'y inscrire la mission, pour l'ONU, de rédiger une charte des Droits de l'Homme, dépassant largement les objectifs de la Société des Nations et de toutes les formes antérieures de coopération internationale.En août 1982, il est nommé, pour 3 ans, membre de la Haute autorité de la Communication audiovisuelle où il est plus particulièrement chargé du dossier compliqué des radios locales privées. Stéphane Hessel compte également parmi les membres fondateurs du Collegium international éthique, politique et scientifique. En 2003, il signe, avec d'autres anciens résistants, la pétition « Pour un Traité de l'Europe sociale » et, en août 2006, un appel contre les frappes israéliennes au Liban, paru dans Libération et L'Humanité, à l'appel de l'UJFP.

Rappel des 5 objectifs fixés par Stéphane Hessel en matière sociale en 2004
un emploi pour tous : un taux de chômage inférieur à 5%
une société solidaire : un taux de pauvreté inférieur à 5%
un toit pour chacun : un taux de mal-logés inférieur à 3%
l'égalité des chances : un taux d'illettrisme à l'âge de 10 ans inférieur à 3%
une réelle solidarité avec le Sud : une aide publique au développement supérieure à 1% du PIB